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Compte-rendu de réunion: « La précarité en Lorraine »
Le 11 décembre dernier, Nancy-Mosaïque a ouvert la page de « la précarité en Lorraine ». Dans une période propice aux retrouvailles festives en famille ou entre amis, il nous a semblé important de consacrer un temps de réflexion et d’échanges sur un sujet qui préoccupe vivement nos concitoyens.
De fait, Jean-Louis PETIT, au nom de l’association « la soupe pour les sans abris » nous a raconté avec beaucoup de conviction la force de l’engagement qui anime les membres de cette association depuis maintenant plus de vingt ans. Il faut dire que les nombreux bénévoles qui la composent s’emploient à fournir tout au long de l’année et plus spécialement pendant les longs mois d’hiver lorrain vêtements et nourriture aux gens plongés dans le dénuement. Pas moins d’une trentaine de bénévoles se relaient ainsi pour aller au contact des plus pauvres, ceux qui sont en quête de misérables refuges, et leur proposer une aide matérielle mais aussi un réconfort amical. Chaque dimanche matin, on peut voir ainsi des véhicules proposer place Carnot de la nourriture chaude tirée de marmites pleines préparées avec application.
Cette population marginalisée ne cesse d’augmenter pour atteindre aujourd’hui quelque 300 personnes. Encore ne s’agit-il là que des personnes les plus en souffrance. Parmi elles, quelques-unes, rares, parviennent à retrouver une activité régulière et donc le chemin de l’espoir. Puisse-t-il, cet espoir, ne pas être éphémère dans un temps où le chômage et la précarité qui s’ensuit continue de faire des ravages…
Sur le thème du chômage précisément, Monsieur Dominique MEYER pour le « Pôle-Emploi » nous a tracé quant à lui les grandes lignes d’évolution de la précarité dans notre région qui se démarque, hélas, du reste de la France par l’accroissement le plus fort du taux de chômage situé à près de 2 points au-dessus de la moyenne nationale, celle-ci dépassant la barre des 10%. Parmi les demandeurs d’emploi, les seniors et les moins diplômés occupent le premier rang et forment la part la plus représentative du chômage de longue durée, ce que traduit le poids élevé du RSA et des diverses formes d’aide sociale dans notre budget.
Deux signes inquiétants pour notre Région persistent : la baisse des offres d’emploi collectées dans quasiment tous les domaines professionnels et l’inadéquation forte entre la nature des offres et celle des demandes, ce qui pose la question de l’adaptation des politiques de formation aux besoins réels en même temps que celle du bon outil d’évaluation de ces besoins.
Cette série de constats, hélas sans surprise, confère, me semble-t-il, à l’ensemble de la classe dirigeante une lourde responsabilité sans que celle-ci soit propre à exonérer l’ensemble de nos concitoyens de leur propre engagement au soutien d’une solidarité qui n’est pas seulement sociale, mais simplement humaine.
Le président, Gilles LUCAZEAU
Compte-rendu de réunion: « La culture est-elle nécessaire en temps de crise? »
Soirée hautement culturelle que celle du 17 octobre, à l’amphi AR 06 de la Fac de Droit où notre association a été accueillie comme d’habitude par le doyen Eric Germain, escorté de notre secrétaire adjoint Vincent Lebrun.
Derrière l’estrade, le trio de choc composé de Charles Tordjman, (ancien patron de la « Manu »),Didier Francfort (historien) et Didier Manuel (dirigeant le « Totem » à Nancy) s’en est donné à coeur joie pour nous inviter à réfléchir à la véritable place de la culture dans nos sociétés contemporaines. Plus particulièrement de son utilité en temps de crise.
Pour les uns indispensable au renforcement du lien social, la culture est menacée de récupération politique au travers de « mécènes-producteurs ». (Raison pour laquelle, il vaut mieux pour toute association à visée culturelle soucieuse de son indépendance d’essayer de « s’auto-financer », (comme c’est le cas de « Nancy-Mosaïque »). Sa vraie « mission », bien au-delà de toute option partisane, est d’aider l’ensemble de nos concitoyens à développer leur « capacité à voir au-dessus de soi » (C.Tordjman). Les périodes de crises participent même à la reconfiguration des modèles culturels, analyse Didier Francfort.
Elle s’inscrit aussi dans l’ordre d’une « solidarité nationale » en magnifiant notre patrimoine (D. Francfort). Pour Didier Manuel, le risque auquel s’expose la culture, c’est de se banaliser au prétexte d’aller vers le plus grand nombre. On peut certes vouloir toucher tous les publics, mais certainement pas en même temps. Au risque de paupériser l’offre en la réduisant au plus petit dénominateur commun.
Ayant dressé un tableau exhaustif des différents ministres qui se sont succédé à la tête du ministère de la Culture depuis 1958, C.Tordjman a mis en exergue l’action décisive de Malraux (et ses « maisons de la culture »), ou J. Lang (en faveur de la création artistique).
Didier Manuel fit valoir quant à lui que la Lorraine qui fut un haut-lieu culturel après la guerre se trouve désormais « en chute libre » à cet égard. Il serait sûrement indispensable de repenser la répartition des moyens au niveau de l’Etat, quand on pense que l’Opéra de Paris « mange » à lui seul un budget annuel de 110 millions d’euros alors que l’ensemble des autres scènes d’opéra françaises n’en consomment que…27! Il est regrettable que de grandes compagnies -telle que la Comédie Française- ne décentralisent pas plus leur production vers la province.
Notre pays n’a cependant pas à rougir de l’effort produit au soutien de la culture qui ne représente certes qu’ une part modeste du budget de la nation (0,69 %), mais tout de même beaucoup plus importante que la part qui lui est consacrée dans les autres pays d’Europe (0,03%).
Malgré ses insuffisances et ses trop grandes disparités territoriales, la Culture en France demeure ainsi un atout considérable pour le rayonnement de notre pays dans le monde, et notamment sur les marchés de l’art, contemporain.
Raison de plus pour donner à la libre création sa place novatrice, que nous soyons ou ne soyons pas « en crise ».
Le Président, Gilles LUCAZEAU



